Tout le monde connaît l'adage "pas de règle sans exception" ! Chez les Méduses craspédotes, Craspedacusta sowerbii est l'exception qui confirme la règle selon laquelle (au moins jusqu'en 1880), " les Méduses sont toutes marines" !
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Une Méduse craspédote d'eau douce : Craspedacusta sowerbii (= sowerbyi ) Lankester 1880 Par Denis Terver, collaboration Thomas Jermann, Claude Vast et Lionel Feuillassier.
Remarque préliminaire : après la publication, dans " Les Lettres Récifales " (N° 82 à N° 87), d'un long article intitulé "Ces méduses qui nous médusent" et avant la parution de ce même article, complété, sur le présent site ( Cliquer ici), un appel avait été lancé auprès des responsables d'Aquariums publics et d'Associations aquariophiles. Son but: compléter les données et images déjà disponibles sur deux autres Méduses pouvant intéresser le grand public en général et les aquariophiles en particulier, dans la perspective de les aborder ici: Craspedacusta sauwerbii et Phyllorhiza punctata . C'est chose faite pour la première espèce (voir textes et images ci-dessous), la seconde étant toujours en gestation. L'appel reste cependant valable et si vous disposez d'infos et d'images complémentaires, n'hésitez surtout pas. Merci d'avance.
Ci-dessus : à gauche , spécimen provenant d'un étang de la commune de Champsac, en Haute Vienne, maintenu en vie à l'Aquarium de Limoges pendant quelques jours. A droite , vue de détail des quatre gonades et du manubrium. Pour visionner les bassins de maintenance : cliquer ici. Photos Claude Vast - Aquarium du Limousin.
Cycle vital de Craspedacusta sowerbii, la Méduse dulcicole (caractérisé par une alternance de générations Méduse - Polype). - Stade méduse : il ne dépasse que rarement 2 cm. Son manubrium possède 4 lèvres bien développées. Le bord de l'ombrelle compte de 100 à 400 voire 600 tentacules courts, 4 plus longs et d'innombrables rhopalies. Les sexes sont séparés mais les gonades d'apparence identique. Réunion des deux sexes, fécondation et développement embryonnaire sont rarement observés. La fécondation donne un œuf qui se développe en planule, laquelle perd rapidement ses cils, s'allonge, tombe sur un substrat. Une extrémité se relève alors, tandis que l'autre se fixe solidement, le tout se transformant en un petit polype de type Microhydra qui, bien que généralement dépourvu de tentacules, peut s'orienter et se nourrir (présence d'un grand nombre de nématocystes).
Ci-contre: A gauche, biotope à C. sowerbii dans les Pyrénées = bassin de rétention (voir aussi texte encadré page suivante). A droite, méduses du bassin avec velum, cavité sous ombrel-laire, gonades, cercle de cnidocystes et divers tentacules. Photos Lionel Feuillassier .
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Ce n'est effectivement que le 9 juin 1880 que William Sowerby , Conservateur du Royal Botanic Garden du Regent's Park à Kew (Londres), découvrit cette première espèce d'eau douce, de 0,6 à 15 mm, dans le bassin qui abritait des nénuphars géants du Brésil Victoria amazonica (ex regia ) ! Lankester la décrivit sous le nom de Craspedacusta sowerbii le 17 juin 1880. Après une recherche très laborieuse, son polype, de taille microscopique, avec des nématocystes autour de la bouche mais sans tentacules, fut identifié quelques années plus tard (1884), dans ce même bassin d'où elle disparut en 1893, pour y réapparaitre en… 1928. Presque simultanément, un auteur américain décrivit un polype semblable, mais produisant des méduses naines, sous le nom de Microhydra ryderi . Ce n'est que bien plus tard qu'on s'aperçut que ces méduses naines correspondaient à un stade "juvénile" de Craspedacusta sowerbii . Elle est retrouvée dans le Parc de la Tête d'Or à Lyon en 1891, première récolte en France ( Vaney et Cote , 1901), puis au Jardin botanique de Strasbourg (1909), dans la Palmeraie de Francfort… toujours dans les mêmes conditions : les bassins à nénuphars et autres plantes tropicales importées. Le premier signalement en France, en rivière, date de 1929, dans le Dropt ( Feytaud et Cadenat , 1930). De nos jours elle est très largement répandue en France et considérée comme cosmopolite. A l'Aquarium Tropical de Nancy, un premier spécimen (2 cm), pêché dans un étang, nous a été fourni pour identification en 1970 (photo "historique" ci-contre, prise sous microscope à faible grossissement, Denis Terver - Muséum-Aquarium de Nancy). Cette même année, elle est à nouveau signalée dans la Seine ( Goy , 1971).
Comme toutes les autres Méduses, la Méduse d'eau douce appartient à l'Embranchement des Cnidaires qui, rappelons-le, se divise en: Avec méduse = Méduzoaires - Hydrozoaires (pas de pharynx, pas de cloisons gastriques, une mésoglée sans cellules et une méduse craspédote, c'est-à-dire pourvue d'un vélum;Schéma : merci de cliquer ici ). Alternance de générations = méduse planctonique (libre) - polype benthique (fixé). - Cubozoaires (pas de pharynx, vélum particulier, ombelle cubique, alternance méduse - polype, reproduction par spermatophore). - Scyphozoaires (avec pharynx, 4 cloisons gastriques, mésoglée à cellules, méduse acraspédote = pas de vélum, polype parfois absent). Sans méduse = Anthozoaires (avec pharynx, 6 cloisons gastriques au moins, 2 cloisons avec filaments gastriques, mésoglée à cellules).
En aquarium. Sa survie est réputée difficile. En 1970, à l'Aquarium Tropical de Nancy, elle n'a pas duré plus d'une semaine. Au vivarium de Bâle (voir images ci-dessus), Thomas Jermann , son Directeur, rapporte : "un collaborateur du zoo les a trouvées au lac de Neuchâtel (été chaud de 2003, espèce thermophile) et les a apportées au Vivarium… Après quelques semaines le miracle était fini". Cette même année, faste pour nos méduses, Guillaume Eckert signale l'espèce, très abondante, dans l'étang du Terrouin ("Petite Suisse Lorraine",Toulois)."Maintenues dans un aquarium boule mais refusant toute nourrriture (Nauplies d'Artémia), elles finissent, après une semaine, par dégénérer, se déliter et décanter au fond du bocal". A l'aquarium de Limoges, le Dr Claude Vast , Directeur, rapporte "un propriétaire d'étang de la commune de Champsac, en Haute Vienne, a téléphoné au Syndicat, très affolé par la présence de méduses sur son plan d'eau. Après examen, il s'agissait bien de la petite méduse saisonnière Craspedacusta sowerbii. Je lui ai demandé d'en apporter à l'Aquarium. Elles sont arrivées le dimanche 31/08/2014. Il y en avait une centaine que nous avons réparties dans plusieurs petits bacs du type de ceux que nous utilisons pour les Cassiopées. Leur diamètre est celui d'une pièce de 20 centimes et elles acceptent volontiers Nauplies d'Artémias et Brachions. Malheureusement, elles n'ont résisté que quelques jours au bout desquels elles se sont complètement décomposées".
- Stade polype : ce micro-polype (1 mm au départ, qui augmente de taille au moment de l'alimentation), bourgeonne alors pour former de petites colonies (bourgeons à hydrantes). Il peut aussi produire latéralement des bourgeons planuloïdes (= frustules ou propagules) migrateurs. Ces bourgeons, bourrés de réserves, vont s'isoler, tomber sur le sol, se déplacer en rampant (dépourvus de cils mais produisent du mucus), trouver un support favorable et se transformer en un polype analogue au polype souche. Les frustules peuvent également pratiquer la phorésie (transport par un autre organisme). Ce dernier mode de propagation est particulièrement efficace pour conquérir de nouveaux territoires, grâce notamment au développement des échanges intercontinentaux de plantes aquatiques de plus en plus fréquents. Aussi l'espèce peut-elle être considérée comme "invasive" (elle serait originaire de Chine, introduite par les plantes, y compris dans le jardin de Londres et partie à la conquête du monde). Dans certaines conditions (température élevée notamment ou après une phase très active de multiplication), un bourgeon latéral dit médusaire, s'anime de contractions rythmiques avant de se détacher pour devenir une petite méduse naine, très différente de la méduse adulte par sa taille (0,5 mm), le nombre de tentacules marginaux (4 petits et 4 grands) et l'absence de rhopalies. Le plus souvent ces petites méduses dégénèrent ( Larambergue , 1945), mais peuvent cependant se développer quand les conditions sont particulièrement favorables. L'ensemble de ces processus de multiplication asexuée ou végétative et la pratique de la phorésie expliquent l'abondance subite, inattendue et inexpliquée de méduses adultes dans une même station avec possibilité de présence d'un seul sexe (peuplement à partir d'un bourgeon unique). Après une longue absence dans un même lieu elle peut, subitement, réapparaitre . Des essaims de même sexe ont également été observés en France. La température élevée des bassins à plantes aquatiques dans des serres semble favoriser la production de grosses méduses. Frustules et bourgeons dormants enkistés (podocytes) , très résistants, assurent survie et dissémination. Ils expliquent l'adaptation de cette espèce à l'eau douce où les conditions de vie sont beaucoup plus aléatoires qu'en eau de mer. Les trois clichés ci-contre , signés Thomas Jermann , Directeur du Vivarium de Bâle, illustrent parfaitement la morphologie de la Méduse d'eau douce Craspedacusta sowerbii, les quatre taches blanches correspondant aux gonades. Bandeau : 4 photos du même auteur.
La Méduse d'eau douce, Craspedacusta sowerbii dans la nature et en aquarium
Dans la Nature. Au départ, la Méduse d'eau douce, rappelons-le, n'était observée que dans des bassins artificiels contenant des plantes aquatiques tropicales, ce qui renforçait l'idée d'une importation accidentelle. Mais, petit à petit, elle fut signalée dans de nombreux cours d'eau d'Europe (dans le Dropt, un affluent de la Garonne dès 1929 par exemple). Son apparition est généralement massive donnant à l'eau une teinte laiteuse, pour disparaitre au bout de quelques jours et réapparaitre quelques années plus tard... sauf si, entretemps, la pollution est passée par là. Craspedacusta sowerbii s'avère en effet un excellent indicateur de la qualité d'un milieu aquatique. Les polypes en particulier, de très petite taille, friands, comme les méduses, de zooplancton, doivent éviter d'être recouverts de sédiments. Aussi préfèrent-ils les supports fixes propres (pierres), ou mobiles (coquillages), baignant en eaux claires avec, au moins, un léger courant.

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